samedi 29 septembre 2007

lundi 13 août 2007

These shoes are made for runnin'

Il y en a en eu à Moscou, Berlin, Amsterdam, Washington. Des courses à talons hauts. Il faut le voir pour le croire:



D'accord, elles sont complètement folles, mais quand même. Elles réussissent à prouver que

1. le confort est une notion grossièrement surestimée. Particulièrement en nos terres francophones où il est de bon ton de s'afficher en gougounes à velcro, runnings ou -oh! comble de la coquetterie!- en ballerines.

2. c'est possible d'attrapper l'autobus en talons hauts.

3. non, vous n'êtes pas tombée dans le nid de poule parce que vous portiez des talons de 10cm, mais parce qu'il y avait là un criss de nid de poule et que vous ne l'avez pas vu.

Pour toutes ces raisons, je célèbre la course en talons hauts, faisant pour le moment fi de mes réserves toutes féministes. Et je m'en vais de ce pas passer l'aspirateur avec mes stilettos londoniens.

vendredi 3 août 2007

34 days later

Je vois que vous avez été nombreux (4) à vous inquiéter de mon absence après que je vous aie fait mes adieux. La plupart d'entre vous discutait de la répartition de mes biens, mais quand même. Votre sollicitude me touche. Si je n'ai rien écrit depuis si longtemps, c'est que je préfère updater mon profil sur Facebook. Je crois que Facebook, c'est un peu la mort de l'écriture.

À part ça, faut qu'on mette quelque chose au clair: arrêtez de me demander "comment ç'a été ton voyage", c'est une question nulle. La réponse ne peut que se situer dans des eaux maintes et maintes fois pratiquées: bien, super, pas mal, fatiguant, monstrueux. J'oscille un peu des fois pour surprendre mon adversaire. Posez plutôt une question précise et originale, qui pourrait donner lieu à une réelle conversation. Par exemple: est-ce que les Polonais ont des têtes aussi rondes et rasées qu'on le dit? Combien d'heures estimes-tu avoir passé dans les transports en commun au cours de ce voyage? Est-ce que le Carpe Diem tourne toujours autant à Hvar (Croatie)? À quel genre d'activité s'adonne-t-on quand il fait une chaleur de 43­ degrés à l'ombre et que les vieux meurent comme des mouches en Europe de l'Est? C'est vrai qu'ils entraînent des abeilles pour repérer des mines antipersonnel en Croatie?

Auquel cas je pourrais vous répondre: oui, 300, oui mais c'est cher, aucune, et oui.

Quoique je ne les ai pas vues à l'oeuvre, l'AFP rapporte que des milliers d'abeilles sont entraînées par la faculté d'agriculture de Zagreb à détecter des mines antipersonnel grâce à leur odorat. Celles que j'ai vues étaient plutôt entraînées à repérer nos heures de repas, mais bon. C'est quand-même débrouillard, non, quand on a un budget limité?

Parlant de budget limité, il faut que je vous raconte comment on fait pour éteindre un feu en Herzégovine. Une nuit chaude là-bas, après qu'il eût fait une chaleur dantesque pendant la journée, le ciel était illuminé par un incendie sur une montagne. Une de ces petites montagnes rocheuses et désertiques, peuplée de quelques buissons brûlés par le soleil, dont il y a tant dans le sud de la Bosnie. L'air est si sec et brûlant là-bas qu'il suffit de presque rien. Quelqu'un jette un spray à cheveux par exemple (non, c'était pas moi), il explose au soleil et ça y est. Un autre crime s'ajoute à la longue liste de ceux dont les magazines de mode sont déjà responsables.

Bref, les pompiers faisaient de leur mieux pour contenir l'incendie: ils attendaient. Ben ouais. Impossible de se rendre en haut de la montagne. Impossible d'arroser- la Bosnie ne possède pas d'hydravions et la Croatie en a deux, en piteux état paraît-il et déjà occupés ailleurs. Alors les pompiers ont attendu au pied du mont que l'incendie se rende à eux avant d'éteindre.

Êtes-vous contents d'habiter au Québec, là?

samedi 30 juin 2007

Mon testament

Alors apparemment le niveau d'alarme anti-terroriste est à son plus haut niveau à Londres. Après une voiture bourrée d'explosifs garée au centre-ville, un camion en flammes vient de percuter un terminal de l'aéroport de Glasgow. Comme je vais à Londres dans pas moins de 3-4 jours, j'ai pensé qu'il serait bon de rédiger ici mon testament.

Oh! J'entends déjà les mauvaises langues: mais qu'est-ce qu'elle a à écrire son testament, elle ne possède rien d'intéressant de toute façon à part sa nouvelle caméra numérique et son enregistreuse miracle qui transforme les paroles en texte mais dont elle ne sait pas comment se servir; et puis de toute façon elle cherche seulement à se rendre intéressante et à écrire des conneries sur son blogue.

C'est pas faux. Mais pensez-y: si vous ne me lisiez plus jamais, mon dernier post aura été à propos de foot! Et ça, je ne peux pas accepter. Même si Zidane est impliqué là-dedans.

Alors voici:

1. Si jamais on retrouve les pages de mon roman inachevé (David Topperfield) et que, je ne sais pas, Gallimard décide de le publier, je voudrais y rajouter une dédicace: À tous les hommes qui m'ont aimée.

2. Si je vous dois de l'argent, soyez indulgent, je suis morte.

3. Et non, je n'aurais pas voulu que mon enterrement se transforme en gros party où tout le monde est heureux et se saoule la gueule en disant :" elle aurait aimé ça que nous la fêtions comme elle fêtait la vie". Vous serez tristes. Compris?

4. Je veux être enterrée avec tous mes vêtements et toutes mes chaussures.

5. Si jamais un journal/magazine quelconque pour lequel j'ai travaillé écrivait ma nécrologie, ne les laissez surtout pas mettre : "elle fut une excellente chroniqueuse beauté". Je donnerai des coups de pieds dans mon cercueil.

Voilà pour l'essentiel. Pour le reste, si jamais je survis, je vous dis: rendez-vous sur mon blogue, d'où je vous rapporterai toutes mes pérégrinations en Europe de l'Est dans les futures semaines. Peut-être même aurez-vous quelques photos à l'appui, par exemple quand je tenterai de traire une chèvre chez mes grands-parents (si amusant!) ou que je poserai bras dessus- bras dessous avec le grand pont de Dubrovnik (si joli!). Et comme je suis une vraie chmournaliste, je tenterai de vous rapporterai quelques clichés volés de faces de Polonais. À quoi ça ressemble un Polonais d'extrême-droite qui a voté pour les frères Kaszcynski? La réponse dans mon prochain billet.

mardi 19 juin 2007

Zizou x 17 x 90

Je n'avais encore jamais vu de documentaire sportif qui était aussi clairement, aussi franchement, une oeuvre d'art. Et encore, je ne vois pas pourquoi on utilise le terme documentaire pour décrire Zidane, un portrait du XXIe siècle. Essai visuel serait plus juste. Performance, peut-être. Portrait en temps réel, encore mieux.

Pendant 90 minutes (la durée d'un match de foot, le 23 avril 2005, entre le Real Madrid et le Villareal), 17 caméras ont capté le visage de Zidane, les pieds de Zidane, les cuisses de Zidane, les mains de Zidane. Sous tous les angles. Et je comprends tout à fait pourquoi ça n'a pas plu aux amateurs de foot. Ils étaient venus pour voir un match de foot, ils ont eu droit à une transe hypnotique qui s'est déployée sous les rythmes rock de Mogwai. Ils voulaient être éblouis par le sens du jeu de Zidane, ils voulaient s'en prendre plein la face de son talent de footballeur, et ils ont eu son visage scruté à la loupe, son corps morcelé, son expression impénétrable.

Et, bien sûr, il y a cet espace-temps complètement éclaté, où l'on est désorienté, sans repères. Que se passe-t-il ailleurs, pendant que Zidane effleure le gazon avec ses crampons? Pendant qu'il attend le ballon? On ne le sait pas, ce n'est d'ailleurs pas l'important. De temps en temps dans cette expérience morcelée, il y a des buts. On les voit par les images d'archives de la télé espagnole, et c'est dans ces moments que nous prenons conscience de l'infranchissable abîme entre le footballeur et les spectateurs. Le reste du temps, on est avec lui, Zidane, sur le carré vert où la rumeur de la foule devient assourdissante. Où il oppose un visage statuesque, absolument sans expression, qui crache et qui sue et qui se tord quelquefois en un rictus, à ces millions de regards braqués sur lui.

Une fois, une seule fois, Zidane sourit. C'est à une blague que son coéquipier Roberto Carlos vient de faire. Le sourire reste, tarde à disparaître. Une autre fois, son calme olympien cède pendant qu'il s'empoigne avec un joueur de l'équipe adverse. On aperçoit Beckham qui tente de le retenir, un peu ridicule avec son physique de chanteur de boy's band face à cet impénétrable Algérien viellissant, noble, un peu cruel. Le carton rouge que Zidane récolte est prémonitoire. Et inattendu.

Allez voir Zidane comme vous iriez au musée d'art contemporain. Il n'y aura après tout ni mise en contexte, ni interviews, ni quoi que ce soit d'autre dans ce film expérimental qu'une apnée en terrain vert. Et ce sera magnifique.

vendredi 15 juin 2007

Bloguer en Iran

J'ai attendu. Quelques jours, puis une semaine. Mais Lady N n'a rien écrit là-dessus. Au lieu de parler de cet article super intéressant sur les blogueurs iraniens dans le Guardian, elle nous fait une digression zoologique. Alors je me vois obligée d'outrepasser mes compétences pour vous dire qu'apparemment, cette zone de liberté qu'étaient les blogs en Iran seront désormais monitorés par l'État (peu importe si c'est un anglicisme). Le million de blogueurs iraniens (!) devra désormais être enregistré auprès de l'État, ce qui inclut de donner son nom d'utilisateur et son mot de passe. Pendant ce temps, le président Ahmadinejad, qui tient son propre blogue, ne reçoit que des commentaires super positifs. Jetez-y un coup d'oeil et vous lirez des choses comme ceci:

I would like to say that I truly respect you, mr. President. You are a person of deep faith and you keep to your point of view. That is what I value the most. From what youve written on your blog, I can notice that the Iranian people and people from my home country Poland are mentally very similar. I hope our two countries will both keep on developing.

Your interviews are very enlightening. I enjoying listening to them, but I become disheartened when I discover the American Media misquote, misrepresent and completely propagandize what you are saying. Doesnt it bother you that your views are twisted so much in the West?

On ne s'en était pas rendus compte, mais comme le président Poutine, qui l'a répété pendant le G8, Ahmadinejad est un modèle de démocratie. Comme le dit Poutine (je résume): je suis le plus démocratique d'entre tous, c'est vous qui ne l'êtes pas. Une logique sans faille.

jeudi 14 juin 2007

Le nouveau Michael Moore

Je viens de revenir d'une projection de presse (yé!) de Manufacturing Dissent, un film canadien sur la "méthode" Michael Moore. Vous savez, le style Moore: le montage dramatique, les libertés avec la chronologie (déplacer des événements pour un effet plus punché), les citations hors contexte. Tout cela se justifiant, selon le cinéaste, par le fait qu'il réussit à faire à la fois un bon film et à dire la vérité.

Bon. Il faut dire que j'ai d'abord pris Manufacturing Dissent avec un grain de sel. Oui, les méthodes de Michael Moore sont douteuses, mais est-ce qu'on ne peut pas les pardonner quand ses films réussissent à faire ce que des documentaires plus scrupuleux ne font pas, c'est-à-dire faire courir les foules? Même s'il y a à y redire, ne met-il pas le doigt sur des réalités autrement plus importantes? N'est-il pas une voix essentielle à la gauche, une voix qui porte- chose si rare dans le monde médiatique américain, où on est accusé d'antiaméricanisme dès qu'on ose critiquer l'administration Bush?

Et puis, et surtout: Manufacturing Dissent donnera-t-il des armes à la droite?

Peut-être. Mais cela ne lui enlève pas son intérêt. Ironique de voir comment la réalisatrice emprunte elle-même quelques recettes à Michael Moore pour faire elle-même un documentaire punché. Elle est dans son propre film, elle utilise la narration, le montage rythmé. On se sent comme dans un remake de Roger&Me, où Moore racontait ses tentatives infructueuses de confronter le président de General Motors, Roger Smith. Ici aussi, la réalisatrice essaie à maintes reprises d'interviewer Michael Moore. Ici aussi, elle se fait hypocritement rabrouer.

On sort de ce film avec la désagréable impression que Moore est devenu le genre de "preacher" qu'il dénonçait. Le genre qui détient la vérité toute infuse. Il est debout, devant une foule électrifiée: l'administration Bush ne nous dit pas toute la vérité, crie-t-il. C'est aux médias de faire leur travail, de déterrer les faits et de poser les bonnes questions, dit-il encore. Ne nous laissons plus manipuler.

En effet.

***

Une petite déception: le titre est très pertinent, certes, mais avec cette allusion à Noam Chomsky, je m'attendais à plus. Plus qu'une entrevue dont on a entendu une seule phrase, quelque chose à propos de la presse libérale aux États-Unis, unie comme une seule personne. Dommage qu'il n'y ait pas eu plus de commentaires de la part de quelqu'un qui a directement inspiré le titre du film.

Pour la petite histoire, il y avait d'autres journalistes que moi à cette projection de presse. Des dames de Radio-Canada, d'après ce que j'ai pu voir, avec lesquelles j'ai pissé en coeur après le film. (Pardonnez ma vulgarité.) À ce propos: Odile Tremblay a l'air originale; Francine Grimaldi sent très fort un parfum musqué; et Marie-Christine Trottier est étonnamment sexy et pigeonnante (je parle de son déc0lleté). C'était pour vous donner une impression des coulisses.

mardi 12 juin 2007

jeudi 7 juin 2007

D'injustices et d'autres

Quand on lance un nouveau magazine féminin en France, qu'on cherche à résumer l'actualité de la semaine tout en grugeant la part du marché d'Elle France, et qu'on se croise les doigts pour un lectorat dans la fleur de l'âge de la consommation (25-45 à vue d'oeil), quelle est la première règle d'or à suivre? Je vous le donne en mille: prendre ses distances avec le féminisme. Au plus vite.

Dans Jasmin, un nouvel hebdo d'un raffinement inouï, l'éditorial est signé par un homme. Hum. Un point de vue féminin sur l'actualité, vous avez dit? Et que raconte cet écrivain, ce François Bégaudeau? Que mine de rien, depuis cent ans, les femmes sont au coeur de "la plus grande révolution politique de l'histoire du monde". Écoutez: "Ça ne se passe ni à l'Élysée ni à l'ONU, mais dans les maisons, dans les rues, en boîte de nuit. Partout les femmes, les nanas, les gonzesses et autres meufs* explorent les potentialités sécrétées par leur corps (= les possibilités qu'implique le fait d'être en vie). Longtemps l'accès à la vie et à son opérateur, le corps, a été interdit aux femmes. Puis, détournant l'attention du gardien par un strip-tease, elles ont volé la clé, ouvert la porte et découvert en elles des trésors d'intelligence, d'orgasme et d'humour."


Oubliez ça, femmes, la politique et les relations internationales! Pourquoi embarrasser votre jolie petite tête de concepts si ennuyants quand vous pourriez donner et recevoir du plaisir pendant ce temps! Car oui, le vrai pouvoir, celui de M. Bégaudeau, c'est celui qui passe par le cul. Pourquoi prendre des cours de droit quand vous pourriez suivre des classes de danse poteau?

* pour mes lecteurs anglos: expressions familières ou argotiques pour désigner les femmes en France.

Autre perle dans le même magazine (suivez la logique): l'article Ségolène, la revanche d'une femme blessée? Le compte rendu d'un livre où deux journalistes, femmes de surcroît, insinuent que Ségo a fait campagne par vengeance envers son mari. "L'irrésistible ascension d'une femme dans la course à L'Élysée cachait donc la revanche d'une compagne délaissée, qui a voulu faire payer le prix fort à son homme, surpris un jour de septembre 2005 en flagrant délit de papillonnage avec la journaliste trop jolie et trop vive d'un grand hebdomadaire."

Ségolène Royal, Angela Merkel, Michelle Bachelet : toutes des mal baisées.

Pauvre Ségo. Au moins aux États-Unis, on ne réduit pas la campagne d'Hilary à une simple histoire d'humiliation publique à cause de la grosse Lewinsky.

***

Dans un tout autre ordre d'idées, Paris Hilton a été libérée de prison aujourd'hui tout juste après trois jours derrière les verrous, alors qu'elle aurait du en avoir pour 40 (jours). La cause? Des "raisons de santé". Mamzelle l'héritière va donc purger sa peine à la maison, qu'on imagine fort inconfortable et contraignante. Nous sommes tous égaux, disiez-vous? Elle est bien bonne.

Et on ne donne même pas les explications exactes quant à ses problèmes de santé. Muta suggère: "elle avait ses règles".

mercredi 23 mai 2007

Je veux être un légume parmi les légumes!

Une note rapide pour vous montrer ce que le monde de la publicité a produit de plus hilarant depuis longtemps: une annonce pour du parmesano reggiano.



Je voudrais être le concepteur publicitaire qui a pensé à ça, mais surtout!, je voudrais voir comment il a réussi à leur vendre son idée. "Ouais, il y aura plein de légumes qui dansent, et à un moment donné, une gigantesque main coupée va venir leur râper du fromage dessus, pis là un gros couteau va venir couper le fromage tout seul, et un bout de fromage vivant va sortir du dedans pour effrayer les légumes dansants"????
Pa-pa-pa-paparmigiano, Re-re-re-rerereggiano!

mardi 22 mai 2007

Chaleurs d'été

Aujourd'hui j'ai eu l'impression d'être au chômage. Je ne sais pas à quoi ça tient. Le travail s'empilait comme d'habitude sur ma to-do list, mais je n'étais pas pressée, j'avais du temps pour tout, même sortir sur le balcon en plein midi et lire un livre qui se passe en plein Midi -tiens!- de la France. Ce genre d'oisiveté un peu poisseuse (à cause du mercure estival), ça m'a rappelé mon été à Paris, quand je n'avais rien à faire d'autre dans mon grand appartement de Saint-Germain-des-Prés que d'attendre le début de mon stage au Figaro.

Cet été là, on avait la télé câblée et l'internet haute vitesse, mais surtout la télé câblée: plus de 400 chaînes françaises et internationales, et au moins 15 là-dessus étaient uniquement dédiées au cinéma. Dehors, il y avait le jardin du Luxembourg qui éclatait sous le soleil de juin, il y avait les touristes américains, il y avait les cafés bondés, et moi je passais mes journées collée à la télé, à regarder les films en boucle. Et à boire du vin, oui, beaucoup de vin. Une fois, j'ai soupé d'un gros plat que j'avais eu le temps de cuisiner et j'ai calé une bouteille de blanc toute seule, ce qui m'a tellement abrutie que j'ai dormi pendant 16 heures. Ça reste ma rencontre la plus proche avec l'alcoolisme.

Tout ça pour dire que j'ai terminé aujourd'hui, sous le soleil de mai, Chaleur du sang d'Irène Némirovsky qui n'a rien fait pour chasser cette atmosphère paresseuse et délétère qui accompagne chez moi l'angoisse des temps morts. Irène N., comme je me permets de l'appeler, c'est cette auteure qui a gagné le prix Renaudot plus de 60 ans après sa mort. On avait retrouvé le manuscrit de Suite française dans les tiroirs de la Juive française assassinée à Auschwitz, on l'avait publié et il avait gagné, malgré le poids des années et d'une mort lointaine.

Chaleur du sang, c'est un de ces livres ruraux français dans la tradition de George Sand et de Marcel Pagnol, en plus impudique. On y retrouve la même âpreté des paysans, le même soleil chaud, le même rythme de vie déterminé par les semailles et les moissons. Un vieil oncle raconte quelques saisons dans la vie des paysans bourgeois de son village. François et Hélène, les cousins de l'oncle Silvio, comme toute le monde l'appelle, sont mariés, tranquilles et heureux depuis un quart de siècle. Leur fille Colette épouse un brave garçon. Mais il y a dans les parages un beau grand brun, amant d'une autre belle jeune femme mariée à un vieillard, et il y a aussi quelque chose comme une ambiance de passion et de meurtre.

C'est plus long qu'une nouvelle et plus court qu'un roman, et ça se lit comme la chronique d'un secret de famille. C'est comme si on avait troublé la surface calme d'un étang, et que la tranquille apparence de l'eau claire avait fait place à une boue opaque. L'oncle Silvio est vieux et il contemple les passions de la jeunesse en vieux garçon tranquille qu'il est, mais il y a des événements (des révélations) qui rappellent même à un vieux garçon la chaleur du sang qui l'a déjà bouleversé, jeune. On lit ça comme un vieux carnet qu'on aurait trouvé dans un poussiéreux grenier de famille, un carnet qui nous aurait rappelé que nos grands-parents ont déjà été jeunes et qu'ils ont fait des folies par désir. Il y a la même aura de mystère que si on avait trouvé un journal intime jauni, dont les protagonistes sont morts depuis longtemps.

"... à vingt ans, comme je brûlais!", écrit l'oncle Silvio. "Comment s'allume en nous ce feu? Il dévore tout, en quelques mois, en quelques années, en quelques heures parfois, puis s'éteint. Après, vous pouvez dénombrer ses ravages. (...) Qui n'a pas eu sa vie étrangement déformée et courbée par ce feu dans un sens contraire à sa nature profonde? Si bien que nous sommes tous plus ou moins semblables à ces branches qui brûlent dans ma cheminée et que les flammes tordent comme elles veulent; j'ai sans doute tort de généraliser; il y a des gens qui sont à vingt ans parfaitement sages, mais je préfère ma folie passée à leur jeunesse."

Non, cette écriture n'est pas contemporaine. Mais il y a quelque chose dans son air embaumé qui colle au sujet et qui nous fait mieux sentir la nostalgie des années mortes que si c'était Sollers qui l'écrivait... Quelque chose de vieux, de beau, d'ancien et d'assassin. Amenez-le au parc, et lisez-le sous le soleil du midi.

mardi 15 mai 2007

J'ai serré la main du diable

Le diable s'est incarné en femme et je le connais. C'est La Salama, qui pour le moment est la propriétaire du logement beaucoup trop cher que je loue. Mais vous devriez me voir- dans les négociations, je ne laisse pas de quartier. Je me trouve même vaguement sexy, quand je suis salope comme ça.

Moi: Vous savez, Satan, je ne vois même pas pourquoi vous me montrez tous ces chiffres et calculs pour justifier une si faramineuse augmentation du loyer. D'abord, parce qu'elle ne se justifie pas. Ensuite, parce que vous avez dépassé le délai prescrit par la Régie du logement pour ouvrir un dossier.

Satan: Non, je n'ai rien dépassé du tout.

Moi: Si. Vous aviez un mois depuis l'envoi de ma lettre, et j'ai gardé le reçu. Vous l'avez dépassé de quelques jours.

Satan: C'est pas vrai! C'est pas vrai!

Moi: Bon, allez vérifier. Ils vous diront la même chose qu'à moi, c'est-à-dire que le bail est reconduit aux mêmes conditions qu'avant.

Satan (très fâché): Je vous ferais remarquer que j'ai baissé le loyer exprès pour vous l'année dernière, parce que je vous aimais bien...

Moi: Pardon? On était une semaine avant le 1er juillet. Il n'y avait personne d'autre d'intéressé, au prix qu'il était! Bon, écoutez ce que je vous propose: j'accepte une augmentation de 20$ par mois, si vous voulez qu'on n'aille pas devant la Régie.

Satan: .... Ok.... Mais je dois d'abord vérifier mon délai avec la Régie.

Moi: Ah non! Ce n'est pas comme ça qu'on négocie!

Satan: Vous cherchez à m'intimider? À profiter de mon ignorance?... Écoutez, je vous demande une journée pour réfléchir, c'est tout.

Moi: ...

Satan: ...

Moi: Demain j'aurai peut-être changé d'idée.

***

C'est ainsi que je négocie de pied ferme. De plus en plus ferme. Vous me trouvez pas sexy?

lundi 14 mai 2007

Adieu, chroniques beauté

Il y a des changements comme ça qui sont attendus depuis longtemps. Mais au moment où ils arrivent, ça vous fait un de ces coups. Prenez les chroniques beauté. On ne peut pas dire que j'étais, comment dire, passionnée par cette tâche. Pourtant, cela se faisait vite et bien, et c'était, je ne dirais pas une fête à chaque fois, mais c'était comme faire la vaisselle. Vaguement relaxant. Pour vous donner une idée, à chaque fois que j'écris un texte dans la section littéraire, c'est comme si on m'arrachait une dent sans anasthésie. Ça n'a rien de vite ni de bien.

Et puis les chroniques vanités, mine de rien, ça payait mon loyer. Et ça me donnait de quoi écrire, de quoi délirer, de quoi nourrir mon blogue tout rose. Ça m'a permis de voir non pas le monde, mais Toronto. Au moins trois, quatre fois, si ma mémoire est bonne.

Alors aujourd'hui, je suis comme en compote. Moi qui a maintes fois considéré démissionner de cette section, je suis en deuil. C'est que je les aimais bien, au fond, mes chroniques vanités. Allez, vivez longtemps mes petites! Vivez sous la plume d'une autre, volez de ses ailes à elle, abreuvez-vous aux sources de son inspiration! Et rendez-moi la mienne!

Ah oui, la raison: ils ont engagé une nouvelle journaliste pupitre mode de vie qui va écrire pas mal de textes, ce qui va leur faire économiser pas mal de sous. Ainsi vont les profits.

Le lundi 7 mai 2007, vous avez donc assisté à mon dernier délire de chroniqueuse beauté. Rassurez-vous, il n'y a pas de lien entre l'un et l'autre: la nuit m'a bien porté conseil, et j'ai changé (un peu) ce paragraphe lyrique et embrasé avant de le publier.

jeudi 10 mai 2007

27 degrés

Je trouve que les trop belles journées ont quelque chose d'assassin.

lundi 7 mai 2007

Un délire de chroniqueuse beauté

Mais il y a d'autres soirs où vous rentrez un peu saouls à la maison et vous vous mettez à rédiger les textes à remettre pour le lendemain matin, un peu euphorique grâce au vin et aux métaphores que vous enfilez comme des perles. Ça donne des envolées poétiques comme celle-ci:

Fard à paupières de *marque connue*
C’est un bleu océan un brin charbonneux qui nappe la peau comme un voile mat et soyeux. Une teinte passe-partout, pour les amoureuses de l’eau ancrées sur la terre ferme. Un fard entre l’azur et le ciment, à porter au bureau ou plus tard, quand les heures s’avancent en même temps que les ombres.


Pris entre l'humour au 3e degré sous-jacent à votre écriture, ému par la poésie au 1er degré qui baigne ces quelques phrases aériennes, rattrapé par votre désir de réveiller le lecteur assoupi qui lit votre chronique sur son bol de toilette, vous hésitez. Peut-être... devrais-je... vraiment... le publier?

Sage (vous avez lu les trésors de la pensée bouddhiste, tels que Ping la grenouille), vous laissez la nuit vous porter conseil. Vous ne voudriez pas, après tout, que ladite marque vous contacte pour rédiger ses futurs communiqués de presse. Et puis vous vous inquiétez aussi de ces envolées lyriques à propos d'une ombre.

La chronique nightlife

Il y a des soirées comme ça. Prenez hier: on se rendait à un événement supposément très glam, le 20e anniversaire d'un resto couru parmi le gratin artistique québécois. Il y avait là ce qu'on appelle des "personnalités". Personnalités, oui, car ici on résiste encore au terme "people", ainsi qu'à ses déclinaisons de plus ou moins bon goût- pipolitude, pipolisation, pipi. Ce qui rend le travail du rédacteur à la recherche de synonymes beacoup plus difficile. Aperçus, parmi les pipoles (qu'est-ce que je vous disais, la loi implacable des synonymes a triomphé de moi!): la mèche blanche du célèbre caricaturiste de Le Presse, la mèche noire et lustrée d'une ex-mannequin, ex-comédienne et ex-conjointe de Paul Piché (la Audrey Benoît), le cheveu long et terne du Guy A. Qui, lui, m'a aussi aperçue à son tour. Trois fois plutôt qu'une.

Et parmi cette soirée de personnalités d'ici- ah oui, y avait aussi la rédac en chef du Elle Québec, qui m'a donné des bises et qui m'a dit qu'on allait s'appeler, je suis toute frémissante d'espoir- entre ces personnalités d'ici, les bands boboches qui jouaient et les deux danseuses qui ont fait leurs classes à La Fureur, l'ambiance n'arrivait pas à la cheville de n'importe quel bar de quartier. Pire encore, les mecs étaient mochissimes. À part mon ex bien sûr, croisé là par hasard, toujours aussi plein de mignonesse*, de charme et d'alcool. Ah oui, et quelques deux autres (gros max) échantillons masculins triés sur le volet.

Est-ce parce qu'on était dimanche? Parce que l'assistance était plutôt multigénérationnelle, ratissant large entre 20 et 70 ans? Parce que les danseuses se trémoussaient tellement qu'elles canalisaient dans leurs cuisses et fessiers toute envie qu'aurait eu la foule de secouer lesdites parties? Parce que l'alcool, qui devait être gratuit, ne l'était pas tant que ça? Toujours est-il que tout le monde s'est emmerdé.

Je suis partie en même temps que Guy A., on avait tous deux des choses importantes à produire aujourd'hui. Moi sans doute plus que lui, car enfin, je n'ai pas un tas de recherchistes collées à mes trousses, moi.

* nom commun que j'ai dérivé de l'adjectif mignon


Rage against the fashion world.
Aujourd'hui j'ai appelé une designer pour une mini-entrevue. Si je le pouvais, je récrirais ses réponses. Comment peut-on être à la fois aussi sympa, mignonne et sans intérêt? Comment peut-on avoir si désespérément peu de choses à dire tout en étant ambitieuse, travaillante et excellente femme d'affaires? Si seulement je le pouvais, j'inventerais des réponses bien meilleures pour elle. La tentation sera forte, mais tant pis. Je laisse mes velléités créatives naître et mourir ici. RIP.

lundi 30 avril 2007

Sac d'épicerie

Vie et mort chez les blogueurs. Depuis quelques semaines, je suis en deuil. Du blog de Mère Indigne qui n'est plus, et de celui d' Emi, qui a écrit des centaines de lettres à un certain Marc Jacobs. Ah, Marc! À ta place, j'aurais fait un petit effort... C'est pas tous les jours qu'on reçoit d'aussi jolies lettres. Depuis la mort violente de ces blogs, j'en cherche d'autres à aimer. Oh, bien sûr, j'ai mes arrêts obligatoires. Mais il m'en faut plus. Il me faut de la constance, de l'humour, des nouveaux updates à tous les deux jours, de la coquetterie, des chaussures, du sexe et du sang. J'ai trouvé (en partie): cher Lecteur, je te présente La Coquette et Petite Anglaise. Petite Anglaise et Coquette, voici Lecteur. Je crois que vous vous plairez ensemble.


Je me suis aussi rendue compte. Que. Il est révolu, le temps où les gens qui avaient dix ans de moins que moi étaient encore au primaire. Maintenant, ces gens écrivent, font des blogs et se ramassent tellement plus de commentaires que moi, dix ans plus vieille et tellement plus mature... non? Oui bon d'accord, faut pas se juger d'après le nombre de commentaires que l'on récolte, n'empêche que... avouez?... c'est dur. Surtout quand la
blogueuse en question a 15 ans. Dans le même ordre d'idée (la vieillesse), acceptez-le une fois pour toutes: je ne m'inscrirai pas à ce machin de Facebook. Non, non et non. Je ne fréquente pas les endroits où je suis la matrone.

Des escortes diplômées... et le scandale. Encore une histoire de sexe à Washington. Randall Tobias, un ancien coordonnateur de la lutte contre le sida aux États-Unis, grand pourvoyeur de fonds pour le parti républicain, a avoué avoir eu recours aux services de "massage" proposés par une agence d'escorte haut de gamme. Le genre qui n'enmploie que des filles qui ont au moins un Bac universitaire. Mais est-ce pour discuter de philosophie que M. Tobias a fait appel auxdits services? Ou était-ce plutôt pour faire profiter une jeune âme égarée de ses discours sur l'abstinence comme méthode de lutte contre le sida? Quelle belle finale. Quelle magnifique façon de ne pas joindre l'acte à la parole. Toute l'histoire à lire ici.


Présentez-moi ce traducteur.
Libé rapporte aujourd'hui qu'un traducteur américain s'est amusé aux dépens de Sarkozy et je trouve ça très, très drôle. Ça se passe dans un discours télévisé au cours duquel Sarko invite les Français à "s'unir à moi" (lui, pas moi). Traduction: ... rally my inflated ego. Le traducteur a été licencié. Il y a des gens qui n'ont pas d'humour. Et il y en a d'autres qui n'ont pas de rigueur. Mais beaucoup de fantaisie.


Le Sanjaya français.
Parlant de fantaisie, vous devez voir ça. Un rejeton de la Nouvelle Star française, équivalent du American Idol (mais que s'est-il passé avec la Star Ac'?). Le mec est vraiment bon. Ses jeans sont vraiment petits. Et sa version de Like a virgin, vraiment jouissive. Je suis complètement fan.


dimanche 29 avril 2007

Molière au téléphone

Au commencement, il y eut moi: un être lunatique, larvaire et totalement dépourvu de l'esprit d'aventure qui caractérise les grands explorateurs ou les inventeurs. Puis il y eut les téléphones cellulaires. Entre nous deux, un abîme d'incompréhension qui ne devait jamais être comblé.
Prenez hier. Il (mon cellulaire) m'a infligé la pire humiliation à date. Ça faisait des mois que je ne pouvais plus faire d'appels, et que je ne pouvais qu'en recevoir. Pourquoi? Lui seul le sait. J'avais tout essayé, allumer, éteindre, je m'étais même rendue à une boutique Rogers où ils ont essayé les mêmes trucs que moi. En vain. Et là, hier, je me rends au sous-sol du Simons, là où j'ai fait déverrouiller le téléphone. Faites quelque chose, que je leur dis, c'est de votre faute. Alors ils sortent la carte sim, ils la remettent, ils essaient de faire un appel. Et ça marche.
Je vous jure que j'avais essayé le même truc, exactement le même, pendant des mois.
C'est juste que j'avais une mauvaise vibe, et les téléphones sentent ça. Il faut respecter le téléphone, son mystère et son infinie puissance.
Respect the knife, disait un poissonnier à mon premier amoureux quand il travaillait à étriper des poissons au sous-sol de l'épicerie Atlantique. You've got to respect the knife. Mon amoureux, qui avait toute l'arrogance de sa jeunesse, a ri. Puis il s'est blessé au pouce, bien comme il faut.
Il y a une leçon à tirer de tout ça. 1. ne jamais travailler comme videur de poissons au sous-sol de l'épicerie Atlantique 2. accepter la domination des objets sur nos vies.
***
Une leçon de jeu
Faites le cheval, dit Romain Duris à Fabrice Lucchini, qui le regarde de ses grands yeux bleus faussement éberlués. Vous n'êtes pas sérieux. Si. Alors Lucchini se met à hennir et piaffer, dans une imitation qui tient autant du chat hystérique que du cheval schizophrène. Ça ne va pas, la gueule du prof de théâtre (Duris) est éloquente là-dessus. Quel cheval faites-vous monsieur? Ou bien prétendez-vous faire tous les chevaux en un seul? Là-dessus, c'est Duris qui commence à trotter, à jeter sa crinière noire d'un côté et de l'autre, à mettre fièrement une patte devant l'autre (il fait un cheval arrogant), à traîner lourdement son corps massif (il fait un cheval solide et travaillant), à sautiller coquettement (il fait un cheval parisien).
Fascinante leçon de jeu donnée par un acteur à un autre, qui de surcroît le dépasse (l'âge, l'âge...).
Vraiment, Molière est un petit film délicieux sur le jeu, le cinéma, la comédie, la reconnaissance. Si ce n'était de sa fin cucul, de Ludivine Sagnier, des faux ongles de Mme Jourdain et de cette horrible perruque + moustache dont on a affublé Romain Duris, je vous dirais de courrir le voir. Que dis-je, une fin cucul? C'est tout le dernier quart du film qui est cucul. Mais les trois premiers en valent la peine.

dimanche 22 avril 2007

L'homme est un loup pour le loup (etc.)

Quand-même, ils sont fous ces Anglais. Et qu'on ne vienne pas me dire que la télévision québécoise est la meilleure au monde (N.D.L.R.: affirmation très répandue parmi les artisans de la TV quebs), parce qu'on est clairement à des années-lumière des Britanniques. La dernière émission que j'aurais aimé voir: "A Man among Wolves", sur un ancien garde-chasse qui a été adopté par une meute de loups. Ç'a l'air beau à voir: ils lui lèchent les lèvres, il fait de même avec leur museau. Il joue avec les petits. Ils chassent ensemble. Il mange la bête avec eux. La seule chose qu'il ne fait pas, c'est fricoter avec des louves (il n'y en a pas dans la meute). Apparemment sa femme et ses enfants- humains- l'ont quitté à cause de ses nouvelles "fréquentations". Il y a plein de mauvaises blagues que je pourrais faire sur le sujet, mais je vous les épargne.




Y me semble que je me verrais bien, de mon côté, gambader avec une gang de biches dans une savane africaine. Chacun son style.
***
J'ai découvert deux super revues la semaine dernière. Pour toi, lectrice: si tu aimes la mode mais que tes idées puisent dans le réservoir du féminisme, BUST réconciliera tes penchants schizophréniques. Pas facile, ces temps-ci, d'adorer les tenues du dernier défilé Chanel en essayant de faire abstraction du fait que les filles qui les portent ont 15 ans. Je lisais ça dans le dernier numéro du Elle Québec, dans une entrevue avec des pédophiles (!): "Je regarde les filles de 13-14 ans dans les magazines, disait en substance un témoin désaxé sous couvert de l'anonymat. Vous savez, même maquillées et habillées comme des femmes, nous on les reconnaît." Y a quèque chose de pourri dans le merveilleux monde de la mode.



Alors pour toutes les filles majeures et vaccinées, voici BUST:


C'est bien fait, c'est drôle, c'est assumé. Et le shooting mode est super joli, très sixties, très mod.


Enfin, pour vous, lecteurs et lectrices : un magazine tout nouveau, tout chaud: Monocle. Sur leur site web, ils destinent la revue à tous les lecteurs désabusés. Ils disent aussi qu'ils créeront sous peu une communauté d'intérêts regroupant les gens les plus intéressants du monde. Je les crois: Monocle a été fondé par M. Wallpaper, le French-Canadian Tyler Brûlé. Vous croyez que j'ai des chances avec M. Brûlé?


Je veux des votes:

  • Tyler Brûlé est gai et il ne t'invitera jamais à prendre un verre
  • Tyler Brûlé est gai, mais il t'invitera quand-même à prendre un verre pour des raisons obscures que tu ne comprendras jamais
  • Tyler Brûlé est gai, mais il mourra du cancer de la peau du aux rayons UV des cabines de bronzage, avant d'avoir pu t'inviter à prendre un verre

Alors, Mon'oncle lui-même: un Wallpaper business plus politisé que l'original. Vous aimerez la perspective globale. Ça se promène à qui mieux mieux entre Tokyo, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, l'Inde, l'Allemagne... On nage en plein village global, c'en est presque épeurant. Appris, dans cette deuxième édition très très chic (vous adorerez le design, vous vendrez votre mère pour le papier et la qualité d'impression): quelques petits faits cocasses mais assez anecdotiques. Par exemple, en Arabie Saoudite, les femmes n'ont toujours pas le droit de conduire, mais elles folles de voitures. C'est LE nouveau marché pour les concessionnaires automobiles. Il faut qu'elles aient une voiture pour les piques-niques avec les enfants; une pour aller chez leurs copines; une pour sortir avec leur mari, une pour toute la famille. C'est sans compter les deux qui appartiennent au mari lui-même. L'auto est, pour la Saoudienne, ce que la paire de Blahniks est pour la New-Yorkaise. Sauf qu'elle ne peut la chausser que par chauffeur interposé.

Et puis, d'un point de vue culturel (parce qu'ici, n'est-ce pas, on parle de culture- voir le titre du blog): apparemment, le nouveau phénomène japonais de l'édition, c'est les livres sur téléphone cellulaire. Une industrie d'environ 80 millions de dollars par année. C'est pratique: on peut lire un chapitre entre quelques stations de métro, c'est léger, ça rentre dans tous les sacs à main. Une nouvelle forme littéraire est née! Je leur suggère une liste de titres qui me paraissent incontournables: Le tueur au Samsung X426 (polar), Les amants du Nokia 6300 (romance), Comment rencontrer l'âme soeur en cinq textos (psycho-pop), et bien sûr La vie sur les ondes: fréquentations et pratiques sociales à l'ère de la téléphonie cellulaire (essai).

mercredi 11 avril 2007

La Littérature avec un grand Elle

Aaaaaaaaaah....

Ce cri de plaisir, ce rictus de la gorge, ce soupir de sensualité, cette petite note de lubricité s'échappe de mes lèvres humides au moment même où l'intention de vous parler des nouvelles tendances en romans à l'eau de rose se fait plus pressante que jamais. Car oui! IL Y A des sous-genres à ce sous-genre de la littérature (avec un tout petit tout petit L). Vous pensiez qu'on en était encore aux histoires de pirates sexy, de contes Rodrigue de Roquefort, de sheikhs puissants et d'hommes d'affaires expérimentés? Oh queue non, les amis. Esclave de ses désirs, Pirate de mon coeur, Kidnappée pour l'amour et La mystérieuse maîtresse du magnat de la presse seront peut-être bientôt choses du passé.

Voici donc, en grande avant-première, le dévoilement des nouvelles tendances printemps-été chez la maison Harlequin!

1. Les romans d'amour de vampires
Il fallait trouver un contexte pour rendre une histoire d'amour vraiment éternelle, ben voilà qui est fait. Il paraît d'ailleurs que la "vampire chick lit" est LE courant hot de l'heure. Sur Amazon, toute une sexion (sic) leur est dédiée. Le public cible? Les jeunes mères, les adeptes de sexe menstruel (oui, oui, c'est un sous-genre de porno et ça s'appelle le "Period Porn"**) et les fans du magicien Criss Angel, qui a de toute façon l'air d'un crossover entre Fabio et Metallica.
Exemple (remarquez le brushing parfait):


Hum. Vous trouvez pas qu'il me ressemble vaguement? C'est un peu troublant.

2. Les romans d'amour NASCAR

Incroyable, mais vrai. Voyez par vous-mêmes:

Ils viennent plus vite que l'éclair! (hehe)

3. La collection Blouses Blanches

Ça se passe dans le merveilleux monde des médecins et des infirmières. Ils se rencontrent autour d'un tibia fracturé, d'une main coupée ou d'une épidémie de gastro-entérite. Les gardes de nuit ne seront plus jamais les mêmes! Yee-haw!


** Comment ça se fait que je sais ça? C'est une amie d'une amie d'une amie d'une amie d'une voisine dans un pays éloigné qui m'a dit ça.

*** Meuh non. Il se trouve que j'étais avec une amie, et que nous recherchions avec ferveur des films pornos destinés à un public féminin sur le web. Ne trouvant rien, nous avons voulu essayer le genre "robe longue, corset, bas jarretelles, elle est la princesse du château et elle a une scène de sexe torride avec le palefrenier (bien entendu, elle garde son corset et ses jupes, parce que c'est beau)". Était-ce trop demander? Il semble que oui, car dès que nous entrâmes en anglais l'expression "period porn" dans le moteur de recherche, nous nous retrouvâmes avec des titres oh combien inattendus...

dimanche 8 avril 2007

Pâques chez les Serbes


Les calendriers lunaire et solaire s'étant cette année miraculeusement accordés, les Orthodoxes fêtent Pâques en même temps que les Catholiques, c'est-à-dire aujourd'hui. La conséquence logique qui en découle a été ma présence à l'Église serbe, pour un petit goûter en famille(s) dans le sous-sol communautaire. Imaginez le paysage: partout, des madames habillées chic qui se retiennent à grand-peine de me pincer les joues, car je suis le rejeton de ma mère et j'ai été présentée comme tel; bien entendu, j'ai dépassé l'âge du pinçage de joues depuis au moins 15 ans, ce qui oblige les bonnes dames à contrôler leurs doigts volatiles et à me tenir la main longtemps. Longtemps. Longtemps. C'est là que se manifeste cet inexplicable mystère de la vie. Comment se fait-il que je ne replace AUCUNE de ces dames alors qu'elles semblent toutes si émues de me (re)voir? Peut-être s'est-on déjà rencontrées, peut-être m'ont-elles connu petite, peut-être ma figure leur rappelle-t-elle celle d'une parente aimée et disparue en mer? Je ne comprendrai jamais.

Dans la foulée, j'ai même rencontré une dame un peu extravagante, avec un grand chapeau noir et un col roulé agrémenté d'une croix. Ce n'était pas ce qu'on appelle "a flirty spring look", mais bon. Elle avait l'air émue elle aussi quand, avec des yeux tout pleins d'émotion, elle m'a glissé qu'elle avait mis une petite clause pour moi dans son testament. (Je vous le rappelle: je ne l'avais jamais vue de ma vie.)


Tout ce beau monde frayait donc avec bonhomie dans le sous-sol de l'église, prêt à festoyer avec appétit sur des oeufs durs (tout le monde, en effet, avait amené les siens, décorés à qui mieux mieux).
N.B.: La coutume veut que vous fassiez des batailles d'oeufs durs, c'est-à-dire que votre adversaire et vous entrochoquez le cul et le nez de vos oeufs respectifs. Celui dont l'oeuf casse en premier doit le manger. Un oeuf froid depuis longtemps. Beurk.


Et c'est là qu'un après-midi gris et froid dans un sous-sol d'église a pris une toute autre tournure, parce que:
1. Il n'y avait plus de place pour nous aux tables, ce qui nous a forcés à aller bruncher au resto. Accompagnés du cousin de mon père et de sa famille.
2. Le cousin de mon père accueillait sa soeur en visite pour le week-end.


Cette soeur (ma... tante? Au 2e degré?) m'a redonné confiance aux arbres généalogiques, je ne vous dis que ça. D'abord, c'est une chanteuse de taverne. OK, je n'ai plus 8 ans pour me vanter de ça, mais qui d'entre vous peut dire qu'il a une tante chanteuse de taverne? Elle connaît toutes les chansons folk serbes composées dans les 60 dernières années, au moins! Avec ça, elle vous a une voix rauque comme pas possible et des gros cheveux noirs qui ont déjà connu les joies d'une permanente. Les lèvres peintes d'un mauve tellement mauve, que plus mauve que ça... tu vires sur le violet électrique. Elle a parlé avec sa belle voix grave qui a beaucoup fumé, beaucoup fêté, beaucoup chanté, elle a ri d'un rire de gorge magnifiquement fort, et elle a raconté des histoires. Lentement, posément, avec une autorité naturelle sur son auditoire (la pratique...).


Je suis complètement fan. J'ai 8 ans, bis. Pincez-moi les joues, quelqu'un!

mardi 3 avril 2007

Le one-click butter cutter 2007


Il paraît que ç'a pris quelque chose comme 60 prototypes avant de mettre au point LE modèle de beurrier. Celui qui coupe votre beurre en un seul click tout propre, sans que vous ayez à salir vos mains et/ou un couteau. Et devinez quoi? Si vous placez votre commande maintenant, vous en aurez deux pour le prix d'un (34,95$ US)!
J'hésite entre l'admiration démesurée pour le designer Paul Wilhelm (quel sens de l'absurde! quel don pour l'ironie faut-il avoir pour concevoir si horrible objet en plastique jaune et blanc! quelle audace mordante pour rire aussi franchement des gens dans leur face!) et un rire moqueur bien gras (pauvre mec! se faire chier avec 60 prototypes avant de pondre une chose aussi laide!). Réflexion faite, je classe cette inovation dans ma Galerie des Horreurs personnelle. En ricanant.

lundi 2 avril 2007

Des idées pour Mario Dumont

Encore un délire nationaliste de Sarkozy, mais celui-ci nous touche peut-être de plus près dans nos douillets replis identitaires de Québécois. Car il concerne la LANGUE FRANÇAISE.
(musique d'orgue)

La dernière idée de celui qui, un jour, a partagé son nom avec une souris qui faisait la loi dans mon appartement de Saint-Germain-des-Prés? Imposer la réussite d'un examen de français à tous les immigrants. En cas d'échec, il pourrait y avoir non-renouvellement du titre de séjour. Ouste, l'étranger! Dehors, l'analphabète! Voici ce que Sarko en pense: "Je souhaite que l'immigré en situation régulière ne puisse faire venir sa famille que dans la mesure où celle-ci a appris, avant de pénétrer sur notre territoire, à parler le français."

Pas de bol pour Sarko, les ex-colonies de la France sont nombreuses; et aux dernières nouvelles, le français y est encore largement répandu...

Autre condition, précise Libé: «que l'on ne puisse pas s'installer durablement en France sans se donner la peine d'écrire et de parler le français». Étrange. Dans le pays des croissants au beurre, je n'ai personnellement jamais rencontré un seul Chinois, un seul propriétaire de dépanneur ou un seul vendeur de soupes miso, qui ne maîtrisât pas suffisamment la langue de Molière... Mais je n'ai peut-être pas été assez sensible au grand danger qui guette les citoyens de souche, épiés de toutes parts par une armée d'immigrants fainéants qui ne cherchent qu'à profiter des largesses du système français.

Une suggestion pour disposer de tous ceux qui échouent à ce test: envoyez-nous les ici. Je suis sûre qu'ils en apprendraient quand-même à certains Québécois, à en juger par la standing ovation récoltée par Jacques Demers à Tout le monde en parle. Nous avons ici un ancien coach du Canayen, celui-là même qui a mené l'équipe vers sa dernière coupe Stanley à ce jour; un homme qui a avoué dans une biographie avoir été analphabète une grande partie de sa vie; un homme, enfin, devenu commentateur sportif qui intervient à la radio et signe -!- des chroniques dans le Journal de Montréal. Attendez, je recommence au début: c'est l'histoire d'un analphabète qui...

dimanche 1 avril 2007

La fin des choses

Mises à mort- de Suzanne Myre

J'ai lu ce recueil de nouvelles plus tôt cette semaine, pour l'unique raison qu'on était un mardi. Les mardis, tout le monde le sait, c'est jour de romans. Ç'aurait dû être le jour où j'enverrais des c.v., m'enfin. Le soleil brillait trop fort pour ça, et ça sentait le printemps à plein nez, alors les c.v....

J'ai commencé par une nouvelle, un chien saucisse va dans un parc avec sa maîtresse et faillit mourrir écrasé par un pratiquant de tai-chi, ça m'a tout de suite plu. Puis une autre, où une femme règle sa mort au quart de tour et en laissant la maison propre derrière elle. Et une autre encore, Bérénice et Tristan, Tristan et Bérénice, une histoire d'amour qui avorte quand les deux enfants collent leur langue sur un poteau gelé, l'hiver.

C'est qu'il y a plein de petites et de grandes morts dans ces nouvelles de Suzanne Myre. Quand je lui ai parlé au téléphone, pendant son heure de dîner à l'hôpital où elle travaille, elle m'a dit que c'était parce qu'elle aimait que les choses finissent. Qu'elle ne comprenait pas d'où venait ce besoin qu'ont les gens de tout étirer. Elle disait ça sur un débit ultra-rapide, on voyait tout de suite d'où venait l'efficacité compacte de ses nouvelles...

Des nouvelles un peu à l'américaine, avec un univers visuel peint par petites phrases simples, loin de l'ampoule littéraire et des tournures alambiquées. Des mots tout simples où se glisse une "inquiétante étrangeté" , une bizarrerie qui evahit le familier (comme quand une femme apporte l'urne contenant les cendres de sa mère à sa session de psychanalyse). Pas étonnant que Suzanne Myre ait beaucoup lu et aimé Raymond Carver, le grand nouvelliste dont les écrits ont donné naissance au Shortcuts de Robert Altman.

Comment fait-elle pour ne pas tomber dans la morbidité avec tout ça? Je ne sais pas. C'est peut-être que son humour survit dans toute son acidité. Petits bonbons doux-amers, ces nouvelles qui composent Mises à mort.

Il paraît qu'on lui demande toujours, à Suzanne Myre, quand est-ce qu'elle écrira enfin un roman (elle a cinq recueils de nouvelles derrière elle). Elle s'insurge un peu, trouve que la "nouvelle est l'enfant pauvre de la littérature au Québec". C'est faire abstraction de la poésie, mais passons. (La poésie m'emmerde de toute façon.) Moi, ce que je voudrais vraiment savoir, c'est si elle écrira un jour un scénario. Avec beaucoup de personnages et beaucoup de morts, si possible...

Cliché, quand tu nous tiens

Sur le bureau de mon coloc, qui fait son stage d'assistant-professeur dans une école, le texte d'une élève. On lui avait demandé d'inventer un héros, voici ce qu'elle a trouvé:

"Mon personnage: elle se nomme Princesse. Elle aime beaucoup magasiner et être avec ses amies. Princesse mesure environ 5'4". Elle est mince et elle arbore une poitrine épanouie. Ses lèvres sont pulpeuses et elle a un sourire éclatant. (...) Mon héroïne porte une camisole moulante rose fluorescent, des jeans moulants bleu foncé avec des souliers ballerines noirs, elle a une bague à la main droite et une chaîne en argent."

Côté super-pouvoirs, Princesse est redoutable: "Princesse est très courageuse, elle aime partir à l'aventure avec ses amies. Lorsque la tension est au maximum, Princesse joue nerveusement dans ses cheveux."

En tout cas, si la terre se fait envahir par une redoutable armée d'extra-terrestres mangeurs d'hommes, c'est Princesse que je veux pour me protéger!

Quand-même, c'est un peu fou que l'idéal féminin d'une jeune fille de 15 ans soit une petite fille riche au corps de porn star vêtue de skinny jeans...

Paris, tu as créé un monstre!

jeudi 29 mars 2007

Les soeurs Bruni

Hier soir, j’ai vu Le vent se lève, ce film terrible et troublant de Ken Loach, mais selon J., il aurait peut-être mieux valu voir 300. Dans ses propres mots : « Imagine 300 gars cuts à l’os avec des speedos en cuir, qui se battent ensemble sans que ce soit gai! C’est vraiment un film de filles. En plus, ils respectent leurs femmes à fond. » Quel ne fut pas mon regret en constant que de mon côté, j’avais vu un film (de Ken Loach, sur les débuts du combat armé pour l'indépendance de l'Irlande dans les années 20) où:
1. Les gars sont nombreux, mais ils sont souvent rouquins avec des joues toutes rouges et des grandes oreilles. S’ils portent des dessous affriolants en cuir, ils sont bien cachés par leurs irish working class outfits.

2. La seule scène de sexe est lamentablement écourtée après un seul baiser DANS LA PÉNOMBRE!

3. L’acteur principal a déjà (très bien) joué un travesti dans un autre film. Côté virilité, Gerard Butler l’emporte donc sur Cillian Murphy.


Gerard Butler: Cillian Murphy:
4. Le personnage le plus attachant fut un chien à trois pattes, passé en coup de vent sur la pellicule et remercié au générique : « Thanks to Brandy, the three-legged dog ». Enquête faite, il paraît que ce chien a joué un autre rôle de chien à trois pattes dans un autre film. Il avait le bon casting, si vous voyez ce que je veux dire.

***




Ai fait cette découverte hier, en examinant la pochette du nouveau cd de Carla Bruni : dans le coin, il y a une photo floue de sa sœur, Valeria Bruni Tedeschi, sur l’affiche du film Il est plus facile pour un chameau…
Ce qui me donne l’occasion de vous raconter cette non-anecdote : ça s'est passé à Paris, un soir que j’étais allée voir une pièce d’étudiants dont on parlait un peu parce que Louis Garrel, la nouvelle coqueluche du cinéma français, jouait dedans. C’était une jeune auteure serbe qui l’avait écrit, ça portait sur la diaspora depuis la guerre, et bien sûr j’ai été intriguée. C’était l’été, on attendait dans la file, je devais être avec quelqu’un, aucune idée qui.
Valeria Bruni Tedeschi était là aussi, toute pareille à elle-même dans ce film, avec une petite robe bouffante et des talons hauts impossibles. On l’a vue quitter sa voiture, une veille chose remplie de cochonneries, des magazines partout et dieu sait quoi d’autre. J’adorais son air un peu emprunté dans sa tenue trop féminine, elle ressemblait à une petite fille qui se déguise. Aux toilettes, elle a appliqué très posément un rouge à lèvres très rouge, avec beaucoup d’attention, et là aussi, c’était comme un rituel. Qui sait pourquoi, ça m’a touchée. Alors j’ai écrit un mot, genre je vous ai adorée dans ce film, mais c’était peut-être mieux tourné, et j’ai laissé le papier sur le pare-brise de sa voiture en m’enfuyant comme une voleuse. Cela reste mon seul acte de fan. Je crois qu’elle l’a lu et qu’elle a souri avant de le jeter.
La pièce, elle, a été très mauvaise.

vendredi 23 mars 2007

Dédoublements et anniversaires



Hier a été une journée mouvementée. Une certaine Muta a prétendu être moi, cherchant ainsi à s'accaparer un peu de mon lectorat durement conquis. C'est la rançon de la gloire: des gens dérangés qui font une fixation sur vous jusqu'à s'identifier complètement. Évidemment, ça ne prend pas. N'importe qui qui me connaît un peu sait que j'écris bien mieux que cette créature venimeuse qui se compare à un serpent (si juvénile...). Tous mes lecteurs à moi savent que je suis fondamentalement équilibrée, rationnelle et optimiste. Que je ne gaspillerais pas des heures précieuses à correspondre avec moi-même, à créer plusieurs blogs à la fois et à laisser mes personnalités multiples prendre le dessus sur ma vie privée et professionnelle. Que je n'aurais jamais eu la malhonnêteté de gonfler artificiellement les commentaires de mes billets en signant sous un pseudo. Que l'éthique professionnelle, pour moi, c'est tout.

Maintenant que cette ambiguïté est dissipée à tout jamais, j'en profite pour vous rappeler qu'aujourd'hui, c'est l'anniversaire du nouvel Oracle de Delphes. Apparemment, c'est loin d'impressionner ma frangine, qui m'a plantée là pour la promesse d'un repas gratuit offert au Toqué! par un cabinet d'avocats qui convoite sa présence dans leurs rangs. Peuh! Quand Le New York Times va m'appeler, c'est en hélicoptère qu'ils viendront me chercher sur le toit de la maison! Mais je leur dirai non, non, je ne peux pas venir avec vous toutes dépenses payées pour m'éclater, faire carrière à New York et devenir la fierté des vieux jours de mes parents, non! J'ai promis à ma soeur que je l'aiderais aujourd'hui à faire ses devoirs. Et ils repartiront avec leur hélico, tout penauds. Parce que c'est comme ça que je suis. Loyale, fidèle et honnête.
ps. Des fois, de temps en temps, une fois par-ci par-là, les colocs russes ont du bon. Comme quand elles vous apportent des fleurs pour votre anniversaire. Et que vous filez cheap. Merci, coloc russe (une fois n'est pas coutume).

jeudi 22 mars 2007

DJ Ogo, le nouvel oracle de Delphes


Je voudrais attirer votre attention sur le fait que dans mon dernier billet, j'écrivais sur quoi? Parfaitement. La fin de l'hiver.
Or, ne voit-on pas aujourd'hui une miraculeuse fonte des neiges?
Je vous laisse méditer là-dessus.
Quant à moi, je me contenterai de vous rappeler que dans mon pays, j'étais connue pour la fiabilité de ma lecture des lignes de la main (5$), ma parfaite maîtrise du tarot (15$) et ma stupéfiante interprétation de la course cosmique des astres (20$).
Je prends les chèques personnels.

lundi 19 mars 2007

Top cinq des choses qui devraient disparaître

1. L'hiver trop long.
Le reste du monde est rendu à la saison des sandales et pas nous. Trop injuste. Trop salaud (le monde, pas nous). On veut le printemps! On veut le printemps! So-So-So, Solidar-été! (haha. j'adore les calembours, pas vous?)

2. La campagne électorale dans les médias.
C'est le matin et vous ouvrez votre La Presse chérie; vous vous installez devant les résultats du dernier sondage sur les intentions de vote, et vous feuilletez les quelques 58 pages consacrées aux déclarations de tel et tel candidat du PQ, de l'ADQ ou du PLQ. À la 42e page, désirant un peu d'air frais et des nouvelles culturelles avec vos céréales, vous allumez sur Radio-Canada. Chez René Homier-Roy, vous reconnaissez le ton pompeux de Boisclair. Pas grave, vous dites-vous, c'est bientôt l'heure de Christiane Charrette. Pas de bol! Mario Dumont est chez elle. Vous hésitez entre crisser la radio aux vidanges (mais le sac est trop plein) et mettre votre tête dans le micro-ondes. Finalement, vous réalisez que les symptômes de l'hystérie, une maladie mentale presque rayée de la carte, sont en train de réapparaître chez vous. (Ainsi que chez votre coloc russe, mais chez elle c'est un état normal des choses.)

3. Les déclarations d'impôt.
Désormais, mon père m'appelle en moyenne cinq fois par jour, pour des questions chaque fois plus assommantes. Bien sûr, je lui suis reconnaissante de faire mon rapport d'impôt et d'être un si bon papa; mais comment lui expliquer que le b.a.-ba du pourcentage de mes revenus de travailleuse autonome à calculer en fonction de mes dépenses compte tenu de mes possibilités d'investissements en REER ne me dit pas grand-chose? Le pauvre, il voudrait tellement que je comprenne. Mais tout ça me fait le même effet que quand il essayait de m'expliquer mes devoirs de maths au primaire: des bâillement incontrôlables, des paupières de plus en plus lourdes, la tête qui tombe en avant... Et la réalisation, paniquée, angoissante, que si je rate ma carrière en journalisme, je ne pourrai jamais me rabattre sur la comptabilité.

4. Les colocs russes.
Non seulement elle est hystérique (voir plus haut), névrosée, accro à l'amour, tyrannique et égocentrique, mais en plus elle gueule dans toute la maison dès l'aurore parce qu'elle a entendu une souris dans la salle de lavage. Évidemment, elle cogne sur votre porte en faisant fi de toute logique (c.à.d. que vous ne réussirez vraisemblablement pas à attrapper la souris à mains nues et que de toute façon vous vous en fichez tant qu'elle ne vous attaquera pas personnellement). Ignorer ses cris suraïgus n'y changera rien: elle (la coloc névrosée) ne disparaîtra pas. La souris, avec le temps, si. Vous décidez donc d'offrir à la souris de devenir votre future coloc.

5. Les gens qui vous replacent très bien mais qui persistent obstinément à ne pas vous saluer dans les événements publics.
Eva Friede de la Gazette, reconnais-toi.

dimanche 18 mars 2007

Comme une rage de dents

Demain, c'est le début de la semaine de la mode à Montréal. J'en ai déjà une indigestion. Il faut dire que j'ai vu un film sur le photographe David Lachapelle dans le FIFA, et que ça m'a rendue d'humeur un peu fâcheuse.
Lachapelle, c'est un monstre du kitsch et du sexe cheap, le champion des mises en scène clinquantes où il remâche des références aux peintres baroques à travers une gluante sauce pop.
En un mot comme en cent, Lachapelle, c'est le gars qui fait ça:


(Naomi Campbell, heureuse d'être arrosée de liquide blanc sur sa ferme poitrine noire.)

Et ça:


(La transsexuelle Amanda Lepore, plus couverte que dans les autres portraits d'elle pris par Dave.)

Et ça:


(Lil' Kim en poupée gonflable.)

(*Si vous cherchez la référence baroque que je vous ai promise, voyez ailleurs: www.davidlachapelle.com )

Dans l'assistance bien étoffée, j'ai noté: une mannequin, deux-trois photographes de mode, un designer + son copain, etc. Le milieu de la mode venu communier à l'autel d'un photographe-vedette qui fait dans la provoc. L'occasion aussi pour eux de se plaindre que c'est pas demain la veille que les magazines montréalais auront l'audace de suivre leurs photographes dans un tel délire créatif, et pour tout dire génial. Je connais le discours.

Je ne sais pas exactement depuis quand je suis devenue réac. Ce que je sais, c'est que l'objectification sexuelle des femmes dans les magazines de mode ne me fait plus rire. Les frontières se brouillent, la femme n'est jamais loin de la pute, ou bien il faut plutôt être pute pour être femme...

Couleurs acidulées, images saturées, femmes-bonbons en plastique, poupées Barbie à la bouche béante et au sexe offert. J'en ai eu la nausée, comme quand on mange trop de ces bonbons acides et sucrés qui collent aux dents. Call me frigid...

Les histoires venues de Bagdad

C'est dimanche, jour des journaux qu'on sirote lentement et des cafés qu'on lit goûlument. Il y a du monde chez Navarino's, mais je ne les entends plus tellement. Je lis le récit d'une femme irakienne journaliste à Bagdad, dont les extraits sont publiés dans La Presse. Elle raconte comment elle cherche le corps de son neveu à la morgue. Comment elle trouve d'abord un morceau, celui du bas du corps à partir de la taille, identifié grâce à son téléphone cellulaire. Comment elle et les autres femmes de sa famille cherchent la partie supérieure, dans un indescriptible charnier de restes humains.

Dieu merci qu'il y a encore des gens là-bas pour écrire et témoigner. Dieu merci qu'il y a encore des femmes irakiennes pour tenir un
journal en ligne, même bourré de fautes en anglais.

Quand j'ai rencontré Zlata, la petite fille de Sarajevo qui a tenu son journal dans la guerre aussi fermement qu'elle l'aurait fait d'un drapeau blanc (et du haut de sa sagesse de 12 ans!), c'est de ça qu'on a parlé: de l'importance de l'écriture pour faire naître la compassion. Du choc que l'on a en lisant les récits de guerre, du sursaut douloureux quand on se dit: "Ces gens sont exactement comme nous." Zlata me parlait de la fatigue de compassion: "quand on voit au bulletin de nouvelles qu'il y a eu 30 morts aujourd'hui en Irak, me disait-elle en substance, on ne sent rien. On s'est habitués, et ces gens sont sans visage. Mais si on lisait le récit de l'un d'entre eux, si on connaissait son histoire, sa mort aurait une autre réalité pour nous."

Après avoir lu des extraits du récit de cette femme irakienne, j'ai regardé la rue St-Viateur, Parc, Laurier avec un regard d'étrangère. Parce que c'était un monde en paix et que je revenais d'Irak.

Merci à ces gens qui gardent la volonté de raconter par-delà de l'horreur. On a besoin de vous.

mercredi 14 mars 2007

Où étiez-vous en 1995?



Ce soir, le PQ a appelé ma mère.


Les pauvres, ils ne savaient pas dans quoi ils s'embarquaient.


Innocent volontaire du PQ: Pouvons-nous compter sur votre support aux élections, madame?


Ma mère: Malheureusement, non.


IVPQ: Et pouvons-nous compter sur celui d'autres membres de votre famille?


MM: Ah non! Nous sommes des ethnies et nous avons de l'argent!


***


Parlant de cocasseries (i.e.: petites choses cocasses), voici un fort flatteur portrait de moi exécuté par une amie très chère. Que dites-vous? Non non, elle n'est pas aigrie et jalouse. Juste un peu fatiguée.


À bien y penser, je trouve ça plus représentatif que celui paru dans le ELLE Québec. Il n'y a que l'amitié pour vous transfigurer un physique ingrat!

mardi 13 mars 2007

Papier électronique? noooooooon....

Dans La Presse d'aujourd'hui, on nous dit qu'il est apparemment inévitable que le papier électronique remplace l'imprimé chez les lecteurs.

Passons sur le plaisir de tourner les pages d'un livre, sur celui de sentir sa lourdeur dans les mains, sur la beauté d'une bibliothèque fournie, sur l'odeur des pages neuves, et celle, plus rance, des pages vieilles. Passons aussi sur l'horreur de se retrouver les yeux dans les yeux avec un écran cathodique de plus en plus longtemps chaque jour. Passons sur celle de n'avoir plus jamais personne qui regarde le titre de votre livre à la dérobée à partir du banc d'en face dans l'autobus.

Une question reste: à l'heure de l'avènement du papier électronique, pourra-t-on encore dire "Cette histoire a fait couler beaucoup d'encre"?

lundi 12 mars 2007

Le réel

Séparés à la naissance:






Britney Spears vs JT Leroy

Le secret n’est pas que dans la perruque.

Il est aussi dans l’image. Celle que l’on construit de toutes pièces et qui nous échappe un jour, comme un verre qui se brise.

Prenez celle de JT Leroy, ce jeune auteur propulsé au rang de vedette par un petit brûlot trash qui chronique sa vie d’enfant prostitué. JT Leroy, travesti douloureux et intéressant qui vit avec le VIH. JT Leroy, avare d’apparitions publiques, et ami avec Asia Argento, Madonna et Winona Ryder. JT Leroy et l’absurde scandale qui a éclaté lorsque des journalistes ont découvert qu’il « n’était que » le fruit de l’imagination d’une écrivaine bourgeoise et de son mari musicien, incarné par la sœur de ce dernier.

Et puis Britney Spears, la blonde américaine qui rit fort avec ses dents droites et blanches, la bouche toujours grande ouverte sur un sourire carnassier et extatique. Britney Spears, avec sa triste tête chauve et son pauvre sexe rasé, aux airs d’animal blessé, dévoilé par une jupe trop courte et trop haute, sur ses cuisses dépourvues de petite culotte. L’Amérique se choque et se passionne pour sa déchéance. Elle la regarde mourir, l’œil hypnotiquement rivé sur son bas-ventre parcouru de la cicatrice d’une césarienne.

Le secret est dans la fiction.

Frédéric Beigbeder a raison de le souligner, dans sa chronique du Lire du mois de mars.

« En France comme en Amérique, le roman veut s’emparer de la réalité, mais l’affaire James Frey montre que de plus en plus d’Américains considèrent le roman comme un genre obsolète et inutile, alors que dans le cas de la famille Sarkozy, il sert juste à contourner la loi protégeant la vie privée. L’écart entre fiction et « non-fiction » s’amenuise. »

Tenez, pendant qu’on y est, sur le sujet de la fiction et de la non-fiction, de la contamination de la vie réelle par la vie rêvée (ou le contraire) : avez-vous déjà visité un site de paris sur la vie des people? C’est comme les sites de paris sportifs, sauf que là vous pariez sur le fait que Britney Spears tombera ou non de nouveau enceinte en 2007; sur le fait que Victoria et David Beckham déclareront publiquement s’être convertis à la scientologie; sur les fiançailles prochaines du Prince William.

Plus réel que ça…

mercredi 7 mars 2007

Vanity Fair, que fais-tu????


Chers éditeurs de Vanity Fair,

vous savez, plus que quiconque, ma très grande admiration pour vos pages. Si seulement je savais comment faire des liens entre les messages sur mon blogue, j'en mettrais un ici- exactement là - pour renvoyer à la lettre admirative que je destinais à votre portrait juste et méchant de Tyra Banks il y a deux mois. 10/10.

Mais.

Je viens d'en lire un de Judith Reagan dans votre édition de mars, The Biggest Issue Ever!!!, comme le clamait la couverture dans l'espoir d'attirer les adeptes du bon rapport qualité/prix. Judith Reagan: l'éditrice qui a voulu publier la bio d'O.J. Simpson, avant d'en être empêchée par le tollé général. J'en frissonne rien que de l'imaginer: le livre se serait appelé "If I did it..." et il aurait traité de ce qui se serait passé "s'il les avait tués". Heureusement, depuis ce temps, Mme Reagan a été congédiée et O.J. a dû renoncer à ses velléités d'écrivain (as-tu déjà pensé à tenir un blogue, OJ?).
Et là, cherzéditeurs, que ne vois-je pas dans vos pages ce mois-ci? "The Trouble with Judith", signé Michael Wolff, i.e. un ex-ami de Judith Reagan qui avoue ouvertement la détester.
Je me permets de vous rappeler quelques passages qui m'ont empêchée de finir ce long portrait (où il n'y a pas trace d'une entrevue avec la principale concernée):

"Judith (she used to be Judy but got grander later) and I went to college together."
"On several occasions, we almost got involved. Aside from her being with my best friend, I sensed, even then, that it was not a good idea to be on the descriptive end of her running commentary (from Judith, I know things about the intimate behaviour of other men- when they cried, how they begged, where they like to insert sharp objects- that may have altered my fundamental view of humanity)."

Je ne pensais pas qu'on pouvait se permettre d'être aussi graphique dans un magazine plutôt crédible (qui est, soit dit en passant, classé dans la section "intérêts masculins" des kiosques... expliquez-moi!). Ni de descendre aussi bas. Pourtant vous êtes les dignes héritiers de la plus pure tradition de la "non-fiction journalistique" qui descend en droite ligne de Truman Capote!
Et si vôtre vénéré magazine fait dans le potin de tabloïd, où s'en va le monde? Et surtout, où s'en vont les tabloïds???

Votre très inquiète,
DJ Ogo