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dimanche 22 avril 2007

L'homme est un loup pour le loup (etc.)

Quand-même, ils sont fous ces Anglais. Et qu'on ne vienne pas me dire que la télévision québécoise est la meilleure au monde (N.D.L.R.: affirmation très répandue parmi les artisans de la TV quebs), parce qu'on est clairement à des années-lumière des Britanniques. La dernière émission que j'aurais aimé voir: "A Man among Wolves", sur un ancien garde-chasse qui a été adopté par une meute de loups. Ç'a l'air beau à voir: ils lui lèchent les lèvres, il fait de même avec leur museau. Il joue avec les petits. Ils chassent ensemble. Il mange la bête avec eux. La seule chose qu'il ne fait pas, c'est fricoter avec des louves (il n'y en a pas dans la meute). Apparemment sa femme et ses enfants- humains- l'ont quitté à cause de ses nouvelles "fréquentations". Il y a plein de mauvaises blagues que je pourrais faire sur le sujet, mais je vous les épargne.




Y me semble que je me verrais bien, de mon côté, gambader avec une gang de biches dans une savane africaine. Chacun son style.
***
J'ai découvert deux super revues la semaine dernière. Pour toi, lectrice: si tu aimes la mode mais que tes idées puisent dans le réservoir du féminisme, BUST réconciliera tes penchants schizophréniques. Pas facile, ces temps-ci, d'adorer les tenues du dernier défilé Chanel en essayant de faire abstraction du fait que les filles qui les portent ont 15 ans. Je lisais ça dans le dernier numéro du Elle Québec, dans une entrevue avec des pédophiles (!): "Je regarde les filles de 13-14 ans dans les magazines, disait en substance un témoin désaxé sous couvert de l'anonymat. Vous savez, même maquillées et habillées comme des femmes, nous on les reconnaît." Y a quèque chose de pourri dans le merveilleux monde de la mode.



Alors pour toutes les filles majeures et vaccinées, voici BUST:


C'est bien fait, c'est drôle, c'est assumé. Et le shooting mode est super joli, très sixties, très mod.


Enfin, pour vous, lecteurs et lectrices : un magazine tout nouveau, tout chaud: Monocle. Sur leur site web, ils destinent la revue à tous les lecteurs désabusés. Ils disent aussi qu'ils créeront sous peu une communauté d'intérêts regroupant les gens les plus intéressants du monde. Je les crois: Monocle a été fondé par M. Wallpaper, le French-Canadian Tyler Brûlé. Vous croyez que j'ai des chances avec M. Brûlé?


Je veux des votes:

  • Tyler Brûlé est gai et il ne t'invitera jamais à prendre un verre
  • Tyler Brûlé est gai, mais il t'invitera quand-même à prendre un verre pour des raisons obscures que tu ne comprendras jamais
  • Tyler Brûlé est gai, mais il mourra du cancer de la peau du aux rayons UV des cabines de bronzage, avant d'avoir pu t'inviter à prendre un verre

Alors, Mon'oncle lui-même: un Wallpaper business plus politisé que l'original. Vous aimerez la perspective globale. Ça se promène à qui mieux mieux entre Tokyo, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, l'Inde, l'Allemagne... On nage en plein village global, c'en est presque épeurant. Appris, dans cette deuxième édition très très chic (vous adorerez le design, vous vendrez votre mère pour le papier et la qualité d'impression): quelques petits faits cocasses mais assez anecdotiques. Par exemple, en Arabie Saoudite, les femmes n'ont toujours pas le droit de conduire, mais elles folles de voitures. C'est LE nouveau marché pour les concessionnaires automobiles. Il faut qu'elles aient une voiture pour les piques-niques avec les enfants; une pour aller chez leurs copines; une pour sortir avec leur mari, une pour toute la famille. C'est sans compter les deux qui appartiennent au mari lui-même. L'auto est, pour la Saoudienne, ce que la paire de Blahniks est pour la New-Yorkaise. Sauf qu'elle ne peut la chausser que par chauffeur interposé.

Et puis, d'un point de vue culturel (parce qu'ici, n'est-ce pas, on parle de culture- voir le titre du blog): apparemment, le nouveau phénomène japonais de l'édition, c'est les livres sur téléphone cellulaire. Une industrie d'environ 80 millions de dollars par année. C'est pratique: on peut lire un chapitre entre quelques stations de métro, c'est léger, ça rentre dans tous les sacs à main. Une nouvelle forme littéraire est née! Je leur suggère une liste de titres qui me paraissent incontournables: Le tueur au Samsung X426 (polar), Les amants du Nokia 6300 (romance), Comment rencontrer l'âme soeur en cinq textos (psycho-pop), et bien sûr La vie sur les ondes: fréquentations et pratiques sociales à l'ère de la téléphonie cellulaire (essai).

mercredi 11 avril 2007

La Littérature avec un grand Elle

Aaaaaaaaaah....

Ce cri de plaisir, ce rictus de la gorge, ce soupir de sensualité, cette petite note de lubricité s'échappe de mes lèvres humides au moment même où l'intention de vous parler des nouvelles tendances en romans à l'eau de rose se fait plus pressante que jamais. Car oui! IL Y A des sous-genres à ce sous-genre de la littérature (avec un tout petit tout petit L). Vous pensiez qu'on en était encore aux histoires de pirates sexy, de contes Rodrigue de Roquefort, de sheikhs puissants et d'hommes d'affaires expérimentés? Oh queue non, les amis. Esclave de ses désirs, Pirate de mon coeur, Kidnappée pour l'amour et La mystérieuse maîtresse du magnat de la presse seront peut-être bientôt choses du passé.

Voici donc, en grande avant-première, le dévoilement des nouvelles tendances printemps-été chez la maison Harlequin!

1. Les romans d'amour de vampires
Il fallait trouver un contexte pour rendre une histoire d'amour vraiment éternelle, ben voilà qui est fait. Il paraît d'ailleurs que la "vampire chick lit" est LE courant hot de l'heure. Sur Amazon, toute une sexion (sic) leur est dédiée. Le public cible? Les jeunes mères, les adeptes de sexe menstruel (oui, oui, c'est un sous-genre de porno et ça s'appelle le "Period Porn"**) et les fans du magicien Criss Angel, qui a de toute façon l'air d'un crossover entre Fabio et Metallica.
Exemple (remarquez le brushing parfait):


Hum. Vous trouvez pas qu'il me ressemble vaguement? C'est un peu troublant.

2. Les romans d'amour NASCAR

Incroyable, mais vrai. Voyez par vous-mêmes:

Ils viennent plus vite que l'éclair! (hehe)

3. La collection Blouses Blanches

Ça se passe dans le merveilleux monde des médecins et des infirmières. Ils se rencontrent autour d'un tibia fracturé, d'une main coupée ou d'une épidémie de gastro-entérite. Les gardes de nuit ne seront plus jamais les mêmes! Yee-haw!


** Comment ça se fait que je sais ça? C'est une amie d'une amie d'une amie d'une amie d'une voisine dans un pays éloigné qui m'a dit ça.

*** Meuh non. Il se trouve que j'étais avec une amie, et que nous recherchions avec ferveur des films pornos destinés à un public féminin sur le web. Ne trouvant rien, nous avons voulu essayer le genre "robe longue, corset, bas jarretelles, elle est la princesse du château et elle a une scène de sexe torride avec le palefrenier (bien entendu, elle garde son corset et ses jupes, parce que c'est beau)". Était-ce trop demander? Il semble que oui, car dès que nous entrâmes en anglais l'expression "period porn" dans le moteur de recherche, nous nous retrouvâmes avec des titres oh combien inattendus...

lundi 2 avril 2007

Des idées pour Mario Dumont

Encore un délire nationaliste de Sarkozy, mais celui-ci nous touche peut-être de plus près dans nos douillets replis identitaires de Québécois. Car il concerne la LANGUE FRANÇAISE.
(musique d'orgue)

La dernière idée de celui qui, un jour, a partagé son nom avec une souris qui faisait la loi dans mon appartement de Saint-Germain-des-Prés? Imposer la réussite d'un examen de français à tous les immigrants. En cas d'échec, il pourrait y avoir non-renouvellement du titre de séjour. Ouste, l'étranger! Dehors, l'analphabète! Voici ce que Sarko en pense: "Je souhaite que l'immigré en situation régulière ne puisse faire venir sa famille que dans la mesure où celle-ci a appris, avant de pénétrer sur notre territoire, à parler le français."

Pas de bol pour Sarko, les ex-colonies de la France sont nombreuses; et aux dernières nouvelles, le français y est encore largement répandu...

Autre condition, précise Libé: «que l'on ne puisse pas s'installer durablement en France sans se donner la peine d'écrire et de parler le français». Étrange. Dans le pays des croissants au beurre, je n'ai personnellement jamais rencontré un seul Chinois, un seul propriétaire de dépanneur ou un seul vendeur de soupes miso, qui ne maîtrisât pas suffisamment la langue de Molière... Mais je n'ai peut-être pas été assez sensible au grand danger qui guette les citoyens de souche, épiés de toutes parts par une armée d'immigrants fainéants qui ne cherchent qu'à profiter des largesses du système français.

Une suggestion pour disposer de tous ceux qui échouent à ce test: envoyez-nous les ici. Je suis sûre qu'ils en apprendraient quand-même à certains Québécois, à en juger par la standing ovation récoltée par Jacques Demers à Tout le monde en parle. Nous avons ici un ancien coach du Canayen, celui-là même qui a mené l'équipe vers sa dernière coupe Stanley à ce jour; un homme qui a avoué dans une biographie avoir été analphabète une grande partie de sa vie; un homme, enfin, devenu commentateur sportif qui intervient à la radio et signe -!- des chroniques dans le Journal de Montréal. Attendez, je recommence au début: c'est l'histoire d'un analphabète qui...

dimanche 1 avril 2007

La fin des choses

Mises à mort- de Suzanne Myre

J'ai lu ce recueil de nouvelles plus tôt cette semaine, pour l'unique raison qu'on était un mardi. Les mardis, tout le monde le sait, c'est jour de romans. Ç'aurait dû être le jour où j'enverrais des c.v., m'enfin. Le soleil brillait trop fort pour ça, et ça sentait le printemps à plein nez, alors les c.v....

J'ai commencé par une nouvelle, un chien saucisse va dans un parc avec sa maîtresse et faillit mourrir écrasé par un pratiquant de tai-chi, ça m'a tout de suite plu. Puis une autre, où une femme règle sa mort au quart de tour et en laissant la maison propre derrière elle. Et une autre encore, Bérénice et Tristan, Tristan et Bérénice, une histoire d'amour qui avorte quand les deux enfants collent leur langue sur un poteau gelé, l'hiver.

C'est qu'il y a plein de petites et de grandes morts dans ces nouvelles de Suzanne Myre. Quand je lui ai parlé au téléphone, pendant son heure de dîner à l'hôpital où elle travaille, elle m'a dit que c'était parce qu'elle aimait que les choses finissent. Qu'elle ne comprenait pas d'où venait ce besoin qu'ont les gens de tout étirer. Elle disait ça sur un débit ultra-rapide, on voyait tout de suite d'où venait l'efficacité compacte de ses nouvelles...

Des nouvelles un peu à l'américaine, avec un univers visuel peint par petites phrases simples, loin de l'ampoule littéraire et des tournures alambiquées. Des mots tout simples où se glisse une "inquiétante étrangeté" , une bizarrerie qui evahit le familier (comme quand une femme apporte l'urne contenant les cendres de sa mère à sa session de psychanalyse). Pas étonnant que Suzanne Myre ait beaucoup lu et aimé Raymond Carver, le grand nouvelliste dont les écrits ont donné naissance au Shortcuts de Robert Altman.

Comment fait-elle pour ne pas tomber dans la morbidité avec tout ça? Je ne sais pas. C'est peut-être que son humour survit dans toute son acidité. Petits bonbons doux-amers, ces nouvelles qui composent Mises à mort.

Il paraît qu'on lui demande toujours, à Suzanne Myre, quand est-ce qu'elle écrira enfin un roman (elle a cinq recueils de nouvelles derrière elle). Elle s'insurge un peu, trouve que la "nouvelle est l'enfant pauvre de la littérature au Québec". C'est faire abstraction de la poésie, mais passons. (La poésie m'emmerde de toute façon.) Moi, ce que je voudrais vraiment savoir, c'est si elle écrira un jour un scénario. Avec beaucoup de personnages et beaucoup de morts, si possible...

dimanche 18 mars 2007

Comme une rage de dents

Demain, c'est le début de la semaine de la mode à Montréal. J'en ai déjà une indigestion. Il faut dire que j'ai vu un film sur le photographe David Lachapelle dans le FIFA, et que ça m'a rendue d'humeur un peu fâcheuse.
Lachapelle, c'est un monstre du kitsch et du sexe cheap, le champion des mises en scène clinquantes où il remâche des références aux peintres baroques à travers une gluante sauce pop.
En un mot comme en cent, Lachapelle, c'est le gars qui fait ça:


(Naomi Campbell, heureuse d'être arrosée de liquide blanc sur sa ferme poitrine noire.)

Et ça:


(La transsexuelle Amanda Lepore, plus couverte que dans les autres portraits d'elle pris par Dave.)

Et ça:


(Lil' Kim en poupée gonflable.)

(*Si vous cherchez la référence baroque que je vous ai promise, voyez ailleurs: www.davidlachapelle.com )

Dans l'assistance bien étoffée, j'ai noté: une mannequin, deux-trois photographes de mode, un designer + son copain, etc. Le milieu de la mode venu communier à l'autel d'un photographe-vedette qui fait dans la provoc. L'occasion aussi pour eux de se plaindre que c'est pas demain la veille que les magazines montréalais auront l'audace de suivre leurs photographes dans un tel délire créatif, et pour tout dire génial. Je connais le discours.

Je ne sais pas exactement depuis quand je suis devenue réac. Ce que je sais, c'est que l'objectification sexuelle des femmes dans les magazines de mode ne me fait plus rire. Les frontières se brouillent, la femme n'est jamais loin de la pute, ou bien il faut plutôt être pute pour être femme...

Couleurs acidulées, images saturées, femmes-bonbons en plastique, poupées Barbie à la bouche béante et au sexe offert. J'en ai eu la nausée, comme quand on mange trop de ces bonbons acides et sucrés qui collent aux dents. Call me frigid...

Les histoires venues de Bagdad

C'est dimanche, jour des journaux qu'on sirote lentement et des cafés qu'on lit goûlument. Il y a du monde chez Navarino's, mais je ne les entends plus tellement. Je lis le récit d'une femme irakienne journaliste à Bagdad, dont les extraits sont publiés dans La Presse. Elle raconte comment elle cherche le corps de son neveu à la morgue. Comment elle trouve d'abord un morceau, celui du bas du corps à partir de la taille, identifié grâce à son téléphone cellulaire. Comment elle et les autres femmes de sa famille cherchent la partie supérieure, dans un indescriptible charnier de restes humains.

Dieu merci qu'il y a encore des gens là-bas pour écrire et témoigner. Dieu merci qu'il y a encore des femmes irakiennes pour tenir un
journal en ligne, même bourré de fautes en anglais.

Quand j'ai rencontré Zlata, la petite fille de Sarajevo qui a tenu son journal dans la guerre aussi fermement qu'elle l'aurait fait d'un drapeau blanc (et du haut de sa sagesse de 12 ans!), c'est de ça qu'on a parlé: de l'importance de l'écriture pour faire naître la compassion. Du choc que l'on a en lisant les récits de guerre, du sursaut douloureux quand on se dit: "Ces gens sont exactement comme nous." Zlata me parlait de la fatigue de compassion: "quand on voit au bulletin de nouvelles qu'il y a eu 30 morts aujourd'hui en Irak, me disait-elle en substance, on ne sent rien. On s'est habitués, et ces gens sont sans visage. Mais si on lisait le récit de l'un d'entre eux, si on connaissait son histoire, sa mort aurait une autre réalité pour nous."

Après avoir lu des extraits du récit de cette femme irakienne, j'ai regardé la rue St-Viateur, Parc, Laurier avec un regard d'étrangère. Parce que c'était un monde en paix et que je revenais d'Irak.

Merci à ces gens qui gardent la volonté de raconter par-delà de l'horreur. On a besoin de vous.

mardi 27 février 2007

Lettres à un jeune poète


La première fois que j’ai lu Zinc, la revue littéraire de la relève, il faisait chaud, je vivais une peine d’amour et je me reconnaissais follement dans une nouvelle de Marie-Hélène Poitras, dont la narratrice vivait une peine d’amour dans une ville très chaude. Inutile de le dire, j’ai aimé Zinc.
Aujourd’hui, il fait froid, je ne pleure plus et pourtant, Zinc en est à son 10e numéro. En tenant compte du fait qu’il s’agit d’une revue trimestrielle, on peut avancer sans trop se tromper qu’elle en est à deux années et demie d’existence.
C’est peut-être important.
Mais au-delà du pouvoir des chiffres ronds, il y a d’autres raisons pour lesquelles vous devriez m’imiter et vous jeter sur cette édition de Zinc vous aussi.

1. C’est 6,95$.
Si vous n’avez vraiment pas 6,95$ à jeter par les fenêtres, économisez quelques semaines sur les 1$ que vous donnez au sans-abri devant la SAQ.

2. Ça encourage la jeunesse. La relève. Les gens pauvres et fougueux comme vous et moi.

3. C’est un bon titre, ça, Lettres à un jeune poète.
Je ne suis pas poète et je ne comprends rien à la poésie, mais donnez-moi n’importe quelle vague référence à Rainer Maria Rilke et j’achète.

Et puis, what you see is what you get : il s’agit effectivement de lettres à des jeunes poètes. Certaines sont plus réussies que d’autres.

Louis Hamelin qui glose sur l’art nécessaire au jeune écrivain de savoir dire non, comme dans NON à l’Association de Loisir littéraire de Granby, c’est jouissif.
François Barcelo, aussi, qui vante les mérites d’une langue simple; écrire comme nous parlons, mais parler bien. « Méfiez-vous de l’étalage de votre érudition et plus encore des digressions révélant vos pensées les plus profondes : neuf fois sur dix, d’autres ont mieux dit les mêmes choses il y a un siècle ou deux. » Si vrai, si vrai… (et ici, je prends quelques secondes pour rougir de honte en me rappelant certains travaux d’université que j’estimais si brillants et novateurs.)

Mais il y en a d’autres, là-dedans, qui se laissent aller à une espèce de célébration mystique des difficultés d’être écrivain, on se croirait en pleine transe lyrique où la langue se convulsionne sous l’assaut des métaphores : « Tu crois t’en aller vers la lumière en choisissant l’écriture comme mode de vie et de survie, mais c’est dans le maquis que tu t’enfonces, écrit Monique Proulx. Bienvenue. C’est avec jubilation que nous t’accueillons dans notre clandestinité broussailleuse, parmi nos tireurs d’élite. (…) Tu viens d’entrer dans la Résistance. »
Ouf.
La dernière fois que j’ai lu quelque chose d’aussi mélodramatique, c’était Je m’appelle Bosnia de Madeleine Gagnon, je crois. Un livre où l’héroïne, violée à 14 ans à quatre pattes par son oncle, est épargnée par son père qui aurait dû venger l’honneur de la famille; où elle rejoint son père dans le maquis bosniaque pendant la guerre, où ils se nourrissent de racines et s’enterrent pour dormir; où elle enterre son père tué à mains nues; où elle finit par tomber amoureuse d’un ancien camarade d’université qui a vu sa famille décapitée et torturée et empalée sur des pieux devant leur maison. Et là, je ne vous résume que les 20 premières pages.

Où en étais-je? Ah oui, lisez Zinc.

jeudi 8 février 2007

Langue de bois et oreilles de plywood

Jeudi soir, au lieu de regarder le début de la saison de Lost comme je mourrais d'envie de le faire, j'ai piteusement traîné mes savates au "Combat contre la langue de bois", un pestacle organisé dans le cadre du Festival Voix d'Amériques (spoken word) pour lequel j'avais une entrée. Le principe, c'est 11 personnalités d'ici qui prennent la parole pendant 6 minutes pour dire des choses qu'on ne dit pas, ou qui ne se disent pas, accompagnées par des musiciens un peu trop inspirés. (Oooh les longues minutes d'impro musicale planante... Ooooh le son trop fort qui étouffait les participants au lieu de les accompagner...)

Au début d'ailleurs, le Combat contre la langue de bois a surtout été un Combat pour trouver une chaise. Verdict: défaite (mienne). Un bonheur inconfortable a suivi, induit par les performances inspirées sur scène et mon pauvre dos mal coincé contre un radiateur qui refroidissait au lieu de réchauffer l'air. Non mais. À part le radiateur, remarquez, que de la jubilation de voir les combattants mettre cette fameuse langue de bois K.O. Stéphane Crête a joué du verbe comme ça s'peut pas, pour un grand coup de gueule contre le recyclage qui donne bonne conscience et qui ne sert à rien, quand les grands pollueurs ne font pas leur part. Je le dis mal, évidemment, mais ce soir-là, je n'étais pas journaliste et mon carnet de notes était loin. Mes oreilles, par contre, étaient tout offertes à sa prose désabusée, cynique, hilarante. Vous, mes amis qui utilisez des keeper quand vous avez vos règles et qui grincez des dents quand je laisse couler l'eau pendant la vaisselle, j'aurais voulu que vous y soyiez! On aurait bien ri avec lui quand il discourait sur l'inutilité des cinq minutes dans le noir, cette semaine...

Il y avait là aussi une Micheline Lanctôt badass, qui a rapé sur toutes les minutes (et pas mal plus) qui lui étaient imparties. La splendide jeune Bernadette, du film de Groulx, n'était pas très loin. Et Monique Giroux, de Radio-Canada, que j'aime que j'aime.

Un gros prix citron au gars du son de la Sala Rossa, par exemple, pour ses lunettes fumées rétro et son haut de jogging seventies. Poseur!!!! On le sait que tu sors au Green Room, que tu connais la scène rock underground montréalaise comme le fond de ta poche et que tu prends tes croissants au Navarino's, pas besoin de le crier sur tous les toits!!

Ainsi je proclame officiellement les lunettes fumées le soir, dans une salle de spectacles, d'insulte à la raison et de doigt d'honneur au bon goût. Et pour une fois, je ne dis pas ça comme un compliment.